Devons-nous liquider notre association?

Notre association subit des attaques en règle d’une société du nom de Card Compact Ltd. basée en Grande-Bretagne et qui vend des cartes de paiement avec fonction cash-back lors de toute transaction. La carte avait été acquise auprès de la société autrichienne Aron24 GesmbH et a été utilisée plusieurs fois.

Aujourd’hui, comme l’association était jusqu’à présent financée avec ce qui restait chaque mois du RSA de la présidente, mais que pour une raison hors de son contrôle, il ne reste quasi plus rien suite à des dépenses inattendues, ICEA se retrouve en cessation de paiement à la prochaine facture qui dépasserait le montant de 4,40 euros!

En tant que présidente, je pouvais crier autant que je voulais sur Internet, nous n’avons jamais eu plus que le don annuel de 100 euros d’une voisine. Ce n’est pas ainsi que peut fonctionner une association. Les gens sont d’un cruel égoïsme de nos jours. Nous réfléchissons donc sérieusement s’il faut la liquider ou pas et quelles solutions se présentent à nous.

Base légale : Articles L631-1 et suivants du Code de commerce.

L’association est en cessation des paiements lorsqu’elle est dans l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Cette situation donne lieu à l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Il appartient au représentant légal de l’association de saisir le tribunal dans un délai de 45 jours suivant la cessation des paiements sous peine d’engager sa responsabilité sauf si une procédure de conciliation est en cours. Un créancier peut également saisir le tribunal qui peut aussi se saisir d’office.

Cette situation étant déterminante pour l’association il est nécessaire d’informer les membres du conseil d’administration et les membres de l’assemblée générale.

Par ailleurs l’association peut demander l’ouverture d’une procédure de conciliation avant le dépassement du délai de 45 jours.”

Association de fait

Personnellement, je sais qu’il existe aussi l’association de fait, j’ai donc fait quelques recherches  et ai trouvé les informations suivantes: “Une association de fait résulte d’une convention passée entre membres d’un groupe formé de deux personnes ou plus qui décident d’associer leurs efforts, sans pour autant choisir de se déclarer selon les statuts réglementaires propres à chaque pays.

Une association de fait est une forme possible d’association. Ses caractéristiques sont basées sur le fait que l’association n’est pas déclarée et n’a donc pas d’existence juridique propre, elle n’est donc pas une personne morale. Cependant, le comportement de ses membres permet de penser qu’ils agissent en association.

Les associations de fait sont parfaitement légales mais jouissent selon les pays de droits et possibilités juridiques souvent moindres que les associations déclarées selon un régime légal.

En France

En France, hors le cas des associations de droit local en Alsace-Moselle, une association de fait est permise par l’article 2 de la loi de 1901; elle n’a pas de capacité juridique et en particulier ne peut percevoir de subvention publique. Elle peut cependant engager devant le juge administratif des recours pour excès de pouvoir pour contester la légalité des actes administratifs faisant grief aux intérêts qu’elle a pour mission de défendre: Conseil d’État du 31 octobre 1969, N° 61310, Syndicat de défense des canaux de la Durance.

Remarque: le 25 décembre 2012, nous avons changé de paradigme à niveau mondial. Toutes les banques, les multinationales et les entreprises derrière les gouvernements ont été forcloses par l’OPPT (The One People’s Public Trust). La plupart des gens ne sont au courant de rien. Pour ceux qui veulent savoir ce qui se passe, il est nécessaire de lire les quelques articles sur l’OPPT traduits en français pour les francophones, cliquez ici. Nous ne savons pas encore ce que cela signifie pour notre association, mais nous faisons nos recherches, nous nous informons et nous vous recommandons de faire pareil.

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Ode à l’Afrique, ma passion

Sorti de ma plume en avril 1996, j’ai écrit cette ode à l’Afrique, inspirée par un poème de David Diop en revenant d’une visite chez un Africain qui m’avait beaucoup marquée.

Un jour, je l’ai envoyée pour amélioration à un vrai poète en ajoutant le commentaire: “Même si cela vous paraît être du kitsch, vous avez peut-être raison, mais sachez que cette lubie ne me pique pas souvent. Que voulez-vous, je suis une femme, cela me donne pratiquement tous les droits…”

ATTENTION au lecteur: si vous n’avez pas de sensibilité, pas de cœur, ne le lisez pas, faites un grand détour, vous ne comprendriez pas.

 

Africa, mon amour

Afrique, mon Afrique,
mais qu’as-tu fait de moi?
Je me sens livrée à toi sans défense
je te quitte et dès l’instant qui suit
mon cœur est lourd comme une grosse pierre que l’on aurait avalée
Je ne sais ce qui m’arrive,
je me languis de toi
La couleur de ta peau,
les odeurs qui t’entourent
le sourire de tes enfants
les paroles, la musique
Cet envoûtement qui m’envahit me rend nerveuse
j’ai envie de fuir, de pleurer
et pourtant je ne voudrais qu’une chose
c’est sombrer dans tes bras
Je voudrais tant faire pour toi, avec toi, ensemble
je voudrais que tout le monde t’aime comme je t’aime,
un amour fou à la mesure de ta taille.
Mon amour est déraisonné, je le sais,
mais qui a-t-il de plus beau que des passions qui ne s’expliquent pas?
Tous les jours presque, une nouvelle idée effleure mes pensées
une idée que je voudrais réaliser avec d’autres,
mais ils ne sont pas là.
Où sont-ils ces autres, ces « aficionados » de l’Afrique ?
Je ne suis, certes, pas seule.
et pourtant je ne les trouve pas.
Où que je me tourne, je ne ressens aucun intérêt,
aucun espoir d’amélioration pour un continent
qui a le pouvoir de nous sauver de notre misérable petite existence
d’industrialisé perdu dans une course contre le temps.
Afrique, mon Afrique.
tu as été foudroyée, massacrée, exploitée,
mais tu es toujours là.
Tu as survécu à toutes les horreurs humaines
et tes enfants sont maintenant en âge de comprendre
que ce qu’ils trouvent ici n’est peut-être pas forcément ce qu’il leur faut.
Donne-leur la force de résister aux tentations du mal
aux dorures de produits qui ne sont que futilités
et accepte-moi comme ton humble fille
qui t’apprend tous les jours et n’aura jamais fini d’apprendre.

Sa réponse fut: “Même si la construction libre de vos vers est très loin de la versification classique, votre poème transmet un message et révèle une grande sensibilité, propre au véritable poète.”

Et si je mets sa réponse, c’est parce qu’elle m’a fait bien rire dans la première partie de son texte et parce que ma sensibilité me pose de grands problèmes justement dans le monde d’aujourd’hui.

Sonia J. Fath
Janvier 2005 (885)

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Rêves de jour-01

L’expérience avec le Gamou de Tivaouane était réelle. Récemment, je suis tombée sur une histoire que j’avais écrite en 1996 et tout droit sortie de mon imagination. Je la publie ici puisque nous attendons encore le transfert total de tous les articles du site pour reprendre notre travail. Cela rentre dans la catégorie “Histoires à raconter” que j’aime tant.

Rêves de jour, 06.04.96 16:18

Ils étaient assis au bord de la route sur un tronc d’arbre et attendaient le bus. Il faisait assez chaud. A l’aide d’un brin d’herbe sèche, Léa chatouillait Robert à la nuque et il semblait bien l’apprécier. Il était peu après 11 heures du matin. Léa et Robert étaient arrivés la veille dans ce pays inconnu dont ils avaient rêvé. L’avion les avaient déversés un peu sans ménagement sur le tarmac avec de nombreux touristes de la lointaine Europe. Hieronimus qui devait venir les chercher avait pris un peu de retard parce qu’il avait crevé et devait changer la roue du 4×4. Quand il finit par arriver pour les accueillir avec son grand sourire blanc, ils la ressentirent à nouveau cette joie immense, cette chaleur humaine indescriptible qui leur avait tant manqué ces dernières années dans cette froide Allemagne.

Hieronimus était contremaître à la Ferme des Autruches à quelques 80 km au sud de la ville. Léa et Robert avaient fait sa connaissance en Alsace lorsque Hieronimus avait profité de l’occasion de venir avec son chef Charles-Henri Dupré, invité par le CECAO – Carrefour Économique et Culturel de l’Afrique de l’Ouest à Metz, pour Rêves de jour-01sonder le marché potentiel en Europe pour le steak d’autruche. C’est là qu’ils firent la connaissance d’un producteur de viande de l’Odenwald très intéressé par l’offre de de M. Dupré.

Étant donné que Léa et Hieronimus avaient sympathisé d’emblée, elle lui proposa de passer le week-end avec des amis dans la région de Heidelberg. C’était la première visite de Hieronimus en Europe, il était donc d’autant plus curieux et se réjouissait de cette chance. Léa fêtait son anniversaire ce week-end et Robert, son ami de longue date était également de la partie. Hieronimus et Robert pouvaient passer des heures à parler de l’Afrique, sur les vastes territoires, le sol couleur ocre, les habitants pleins de vie. Léa captait régulièrement des bouts de conversation et avait du mal à se consacrer à ses autres invités, tellement elle était fascinée par les histoires. Le meilleur vint le soir lorsque Hieronismus se mit à jouer sur sa vieille guitare des chansons de son pays. Le ciel avait pris une étrange couleur jaune-rouge. L’air avait des odeurs de foin et de café que Léa venait d’apporter sur la terrasse. Pendant un moment, tout semblait si calme et paisible. Elle ressentait ces moments de manière si intensive qu’elle en était subjuguée. Dans la campagne de l’Odenwald, elle pouvait reprendre des forces après une semaine de travail intense au sein du CECAO à Metz, une semaine riches en nouveautés où son talent d’organisation et d’improvisation était très recherché.

En raison de son amour passionnel pour l’Afrique, en raison de sa volonté de rapprocher les habitants du continent africain et ceux du carré Nord-Est de la France, Sud de la Belgique, Luxembourg et Sud-Ouest de l’Allemagne, avec trois autres personnes, elle avait créé le CECAO trois ans plus tôt. De longs préparatifs avaient été nécessaires, des discussions, des négociations et la recherche de partenaires. Il avait également été nécessaire de se battre contre les éternels endormis et égoïstes.

Léa avait elle-même dessiné le siège de la société, un mélange d’architecture européenne et africaine, un hommage au verre et à la pierre. Elle avait attaqué le projet avec un tel enthousiasme que l’on ne pouvait lui refuser l’aide qu’elle demandait.

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Nous avons bientôt terminé

Comme il nous manque encore 225 paires de chaussons, j’ai écrit un petit mail au journal l’Alsace pour le Haut-Rhin, mais les journalistes ne m’ont pas répondu, donc je ne sais pas si le message est passé puisque je ne lis pas le journal du Haut-Rhin.

75-Votre travail est presque terminé

Ce serait bien si vous pouviez faire encore quelques efforts pour terminer ce projet rapidement.

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Le A de ICEA s’ouvre à l’Asie

Lorsqu’il fallait choisir le nom de notre association I.C.E.A., le A pouvait signifier, Afrique, Amérique ou Asie. Et quand on me reprochait de ne me concentrer que sur l’Afrique, je répondais que je ne pouvais pas m’occuper de tout et que de toute Le A s'ouvre à l'Asiemanière, sur l’échelle du respect des cultures et de la place des gens dans le cœur des Hommes, l’Afrique est au plus bas. Mettre sa vie au service de l’Afrique, c’était donc aussi la mettre au service de tous les exclus de toutes les parties du monde. N’est-ce pas le prophète Jésus qui a dit “ce que vous faites au plus petit d’entre nous, vous le faites pour tous” ou quelque chose de ce genre, du moins. En tout cas, je suis et je resterai une disciple d’Albert Schweitzer.

Mon travail au sein du GASS ou Groupe Albert Schweitzer Solidaire pour le compte de la famille du travailleur portugais décédé m’a permis de faire la connaissance d’un jeune Népalais, ce qui ouvre de nouvelles perspectives de travail, lorsque le projet des chaussons sera terminé. Car il était toujours clair pour moi que je ne trahirai pas mes engagements, mais si mes homologues partenaires en Afrique m’abandonnent, ne coopèrent pas, alors je ne serai plus tenue par mes engagements. Nous, les hyperphrènes ou surdoués, nous avons très peu d’amis, mais ils doivent être d’une grande qualité et intensité sinon ce ne sont pas des amis, juste des connaissances plus ou moins bonnes.

Le A s'ouvre à l'AsieLa partie Europe de notre association a également un nouveau projet, il s’agit d’un nouveau type d’énergie renouvelable développée notamment par un professeur allemand du nom de Prof. Dr. Claus W. Turtur. L’association de fait, donc non encore enregistrée, s’appelle LADER France, ce qui signifie Les Amis des Energies Renouvelables. En cliquant sur le lien, vous pouvez vous abonner à la lettre d’infos.

Mon nouveau partenaire de travail s’appelle Kamal. Nous nous entendons bien et pouvons bien fonctionner ensemble. D’une certaine manière, c’est très curieux que les gens qui fonctionnent bien avec moi sont tous des étrangers, mais d’une autre, je le comprends aisément, car j’ai l’esprit très ouvert, j’aime découvrir de nouvelles cultures, ce qui englobe également de nouveaux plats. C’est une bonne chose que Kamal sache également cuisiner. Peut-être pourrons-nous faire une garden-party franco-sahélo-népalaise quand les températures seront à nouveaux un peu plus agréables. Bienvenue dans notre ronde, Kamal.

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Retour à Thiès

07-Pour le retour, nous avions également prévu de partir après le déjeuner. Je ne pensais pas que cela allait devenir la même longue attente qu’à l’aller. A 22h, je ne tenais plus en place, mais ne pouvais m’allonger nulle part, tout était pris. Demba, le mari d’une jeune femme avec laquelle j’avais discuté, me proposa de venir m’allonger dans une chambre. Ce n’était pas de refus. Ne pas pouvoir dormir alors que je suis fatiguée est une vraie torture pour moi.

Dans la première chambre dormait un homme, il n’était donc pas convenable d’y faire entrer une femme. Dans la deuxième, il y avait deux grands lits. Dans l’un se trouvait une femme et sur l’autre dormaient deux enfants. Elle me parlait en wolof, je ne compris rien, mais suffisamment pour comprendre qu’elle ne voulait pas que je partage son lit. Je m’allongeais donc à côté de l’un des enfants et finis par m’endormir, tellement j’étais épuisée. A minuit moins le quart, on vint me réveiller que le bus était là. En fait, il s’agissait d’un premier de trois, et bien sûr j’étais prévue dans le troisième ce que je n’avais d’abord pas su. Je ne sais pas pourquoi c’est toujours sur moi que tombe la malchance.

71-Retour à ThièsPour m’occuper, je ciblais les bouteilles et canettes qui traînaient sur la grande place devant la concession et, à petits coups de pied, je les envoyais balader jusqu’au trou d’ordures qui avait été creusé dans le sable pour récupérer nos déchets. En fait, en allant acheter de l’eau la veille, j’avais vu un autre trou bien plus grand sur un autre côté de la concession. Au retour, j’ai risqué un coup d’oeil. Il était assez profond et s’y retrouvaient des déchets alimentaires, mais aussi des canettes, du papier et toutes sortes de plastique. Les archéologues du futur, c’est au Sénégal qu’ils devront chercher les déchets de la civilisation, en Europe, on est en train d’avancer vers le tout recyclé, enfin pour ceux qui sont en avance sur les autres qui pensent toujours encore que la pollution, on arrivera au bout sans rien faire

Au cours de l’après-midi de la veille, je m’étais demandé subitement où était passé tout le sang du veau qu’on venait de manger. On m’a expliqué qu’il avait été enterré. En France, on fait du boudin avec du sang, chez les Massaï, on le boit directement à une veine qui court le long du cou pour se donner de la force et des protéines, mais surtout sans affaiblir l’animal qui est toute la richesse du propriétaire. En fait, quand je donne du sang ou des plaquettes dans ma ville natale, j’ai droit à un repas ou un goûter, et mon sang se régénère en l’espace de deux heures. C’est donc au fond du trou dans lequel j’envoyais les boîtes de Fanta qu’avait coulé le sang de notre veau.

71-Retour à ThièsAvec ce voyage de retour à Thiès se termine ce reportage où nous avons pu faire connaissance avec une autre culture et une autre religion. Pour finir, quelques informations tirées de Wikipedia sur cette spécificité sénégalaise.

Les Tidjane font partie de la confrérie Tijaniyya fondée par Ahmed Tijani en 1782 dans une oasis algérienne. Le Cheikh fondateur est considéré comme le seul véritable maître. Toutefois, dans chaque contrée, on retrouve un guide local considéré comme le calife ou représentant de la voie tijanie. La Tijaniyya est la confrérie musulmane la plus répandue en Afrique. Au Sénégal, Tivaouane reste la ville la plus influente de la Tijaniyya grâce au rôle prépondérant qu’a joué le Cheikh Malick Sy dans la propagation de la tariqa au Sénégal.

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Trois jours de fête

06-Nous faisons un détour pour aller souhaiter un joyeux Gamou à l’une de ses amies dans la ville et nous poursuivons notre chemin. Pour l’occasion de mon unique sortie de la concession, j’avais vêtu le boubou malien, bleu clair et brun, que j’avais rapporté pour cette journée. En sortant, j’avais bien sûr fait l’admiration de toutes 70-Trois jours de fêteles Sénégalaises au passage bien que mon boubou soit tout simple, alors que les vêtements des Sénégalaises étaient très travaillés, mais une toubab en boubou, cela reste encore une exception. Il est vrai que ce vêtement est idéal pour les fêtes où l’on ne fait rien et pour les pays chauds afin de pouvoir se faire du vent avec son propre vêtement. En Europe, toute manche un peu large reste trop souvent accrochée aux poignées de porte.

Sortie de la concession pour reprendre la route, je suis Mamadou dans la foule, je pense qu’il voulait me montrer la mosquée. Nous avançons à petits pas et, tout d’un coup, un homme nous arrête. Il me demande en mauvais français où est mon foulard. Je regarde Mamadou qui me répète pour que je le comprenne bien que j’ai besoin d’un foulard pour continuer notre chemin. Nous sommes encore loin de la mosquée, mais le territoire du « sacré » semble s’être étendu à la rue. Comme je n’avais pas de foulard, nous avons rebroussé chemin. Par la suite, j’ai expliqué à Mamadou que si j’avais eu un foulard, je ne l’aurais sans doute pas mis, car j’estime qu’un prophète qui n’observe pas l’égalité entre les femmes et les hommes, qui oblige les croyantes à porter un foulard et pas les croyants, n’est pas un bon prophète. Oh que n’avais-je dit là. Choqué, il me répondit « Ne dis pas cela! » Je le sentais vexé, mais me dis à moi-même qu’une mosquée, ou même une église, aussi belle soit-elle, ne vaut pas que je trahisse mes convictions les plus profondes: l’égalité entre femmes et hommes dans tous les domaines pour un monde en équilibre. Un foulard, oui, si les hommes doivent porter un couvre-chef. En rentrant, nous avons pris les deux bouteilles d’eau à 400 cfa le litre et demi, et je n’ai plus rien dit.

Mardi 15 février, c’est le troisième jour de fête, et la tradition veut que ce soit jour de poisson, le thieboudienne ou plat national sénégalais. Les femmes écaillent le poisson et préparent les épices et légumes, et les jeunes hommes sont préposés au pelage et découpage des oignons. Je suis loin du feu, mais parfois les cendres volent et me piquent les yeux.

Le matin, au petit-déjeuner, nous avions du lakh, une bouillie faite à partir de mil qui avait été moulu au moulin puis transporté dans deux grosses bassines en aluminium sur le toit d’un des bus. On le fait cuire pendant assez longtemps dans le chaudron. Une fois posé dans l’assiette à soupe, on verse par dessus le lait caillé fabriqué à base de lait en poudre, de lait concentré Gloria, de sucre et d’essence de fleurs d’oranger. C’est absolument délicieux.

Pendant toute la nuit, les incantations et chants religieux n’ont pas cessé, j’avais l’impression que le bruit venait d’un haut-parleur dans la pièce, mais en fait, cela venait du dehors. Je me demande comment j’ai réussi à dormir jusqu’au petit matin à 5h, je devais être totalement fatiguée. Le chant du coq à 7h m’a finalement décidé à me lever car je ne tenais plus en place. Pour m’occuper, j’ai commencé à balayer un peu certaines surfaces de sable et de faire des petits tas, mais je n’avais pas de pelle et je ne voulais les ramasser à la main. Mais finalement, je n’ai pratiquement rien fait de ma matinée. J’ai emprunté l’appareil d’Oumou pour prendre quelques photos de la rue et des exceptions sénégalaises. Heureusement qu’elle en avait un, car le mien fait des siennes et ne fonctionne plus, mais ce sont peut-être aussi les piles. C’est un grand problème au Sahel, les piles, elles traînent partout et sont beaucoup utilisées. Mais dans les petites boutiques, elles peuvent rester des années dans un coin, et c’est ainsi que lors de la Journée International des Femmes le 8 mars 2010 au Burkina, j’ai acheté deux piles qui ont fait juste une photo! Le jeune homme qui est parti en chercher peu avant le démarrage des festivités voulait me faire plaisir et n’était sans doute pas au courant de ces contraintes.

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La toubab est trop fragile

05-Le repas du déjeuner se prend assis par terre, sur des nattes en plastique de Chine, encore eux! Pour moi et quelques autres cela se passe à l’intérieur du bâtiment où c’est un peu plus calme qu’à l’extérieur où l’on entend de la musique religieuse et des incantations et discours. Il y a visiblement des haut-parleurs dans chaque coin et recoin de la ville. On mange à six ou huit, tous dans le même plat en aluminium qui 69-La toubab est trop fragile...sert aussi de couvercle pour des bassines plus profondes. Un vieil homme se joint à nous, il était assis sur le canapé en skaï noir très abîmé, mais où l’on peut se reposer aisément, c’est celui à trois places. Tout le monde mange à la main, sauf moi. La main gauche étant réservé à faire sa toilette, on ne mange qu’avec la main droite avec laquelle on fait une boule de riz, parfois accompagnée d’un petit morceau de poisson ou de viande, on la travaille jusqu’à ce qu’elle ait une belle forme ovoïde et on la fait glisser dans sa bouche en ouvrant la main et en happant le morceau de la paume vers le début des doigts. Et c’est là que j’ai une limite indépassable à mon africanisation. Je veux bien m’asseoir par terre, je connais une blanche en France chez laquelle, pour je ne sais quelle raison, on mange aussi souvent par terre devant la télé, mais Hassane, le maître de la concession, pourra me dire ce qu’il veut sur l’authenticité du geste, je l’ai fait une fois en 1997 pour tester, il faut toujours essayer avant de juger, et je détestais avoir les doigts plein de graisse, de petits bouts de riz et autres. En plus, la place devant soi est souvent une vraie porcherie, car des choses tombent de la main, des arrêtes de poisson et des bouts d’aliments du type cartilage et autres se retrouvent hors du plat, donc sur la nappe posée au sol. Cette nappe est ensuite secouée au-dessus de la poubelle et si elle n’est pas trop sale, on la réutilise, sinon on la lave, avec OMO bien sûr.

Ce qui m’amuse également souvent, c’est qu’en tant que blanche qui apparaît au milieu des Sénégalais, on me demande toujours de m’asseoir comme si j’étais fragile ou handicapée. Mais en fait, je crois que c’est parce qu’eux-mêmes sont souvent fatigués par la dure vie qu’ils mènent au Sahel qu’ils me proposent toujours un endroit pour m’asseoir. En 2011, il y a toujours encore des blancs qui ne considèrent pas les africains comme des humains comme nous, mais en les observant, en les étudiant, on voit bien qu’ils fonctionnent comme nous: on part de soi pour aboutir à l’autre. L’autre est un alter-ego, qu’il soit blanc ou noir ne joue aucun rôle.

69-La toubab est trop fragile...15h30, c’est la fin du repas du grand jour du Gamou. Une boisson capitaliste à la couleur orange est distribuée, et on commence à préparer le ataya, le fameux thé sénégalais. Je suis trop paresseuse pour aller voir ce qui se passe dans la cour et décide de faire une sieste. Puis après une demi-heure, n’ayant plus rien de mon eau pour toubab qui provient de l’industrie agro-alimentaire sénégalaise et normalement dépourvue des germes qui ne font rien aux africains, mais qui peuvent déstabiliser un estomac de toubab, je demande à Mamadou, un jeune Sénégalais parlant français de m’emmener acheter de l’eau. On m’avait prévenue, une foule immense était dans la rue. On n’avait pas exagéré. Cela me faisait l’effet des braderies françaises où tout le monde cherche la bonne affaire et où certains commerçants de musique font beaucoup de bruit et d’autres haranguent les foules. Il y avait des étalages à perte de vue si je puis dire étant donné qu’on ne pouvait pas voir les détails. J’en conclus donc que, peu importe que ce soit la fête du prophète musulman ou du prophète chrétien, c’est le commerce avant tout. Comme il fait chaud ici, tout se passe dehors, en France, le commerce de Noël se fait dans les magasins, mais la ruée est la même et la course aux affaires pareille.

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Tenter de nouvelles expériences

04-Je regarde la préparation de la sauce pimentée, responsable à mon avis des pathologies très répandues au Sénégal des ulcères d’estomac et des hémorroïdes. 68-Tenter de nouvelles expériences“Juicy girl institut” passe à côté de moi en me lançant quelque chose en wolof, je ne comprends évidemment rien et me dis que, lui aussi, il porte un t-shirt de femme! 13h10, les chaudrons fument. Les grosses bûches de bois de 1,50m avait été apportées la veille et servent pour la cuisson du repas. Les énormes chaudrons de cuisson avaient au préalable été enduits d’un mélange de sable, de OMO et d’eau. Décidément OMO est partout. Mais c’est bien pratique, car cela permet ensuite de mieux nettoyer l’extérieur des chaudrons qui devient tout noir de suie. Au Sénégal, j’ai déjà répertorié quatre utilisations de la même poudre. OMO, qui a d’ailleurs aussi sa concurrence Madar, elle sert à laver le linge, mais en plus à laver la vaisselle, les sols, les mains et maintenant l’enduit. “Un seul produit et tout est propre” pourrait être leur slogan!

Les bassines sont posées à même le sol, et les enfants courent dans tous les sens. C’est ainsi que j’ai parfois l’impression de mordre sur un grain de sable. Mes dents étant celles d’une dentition soumise pendant de longues années à l’agro-alimentaire européen, donc un peu lésées, je vais devoir faire vérifier le tout à mon retour. Je me suis approchée pour voir ce qui se trouve à l’intérieur des chaudrons, mais il fait vraiment trop chaud, avec le soleil qui tape, c’est infernal. Les jeunes retournent le riz avec une sorte de grande pelle constituée d’un long manche et à la base une énorme cuiller percée. Entretemps, la natte, sur laquelle travaillent les femmes, est tellement remplie de détritus de légumes, que je pensais que quelqu’un allait la balayer, mais il y a plus simple. Tout le monde descend et on secoue. Le sol étant fait de sable et de poussière, la nature retourne à la nature. Mais je suis sûre qu’à la fin, l’endroit sera balayé, pour laisser le lieu propre afin de pouvoir revenir l’année suivante.

68-Tenter de nouvelles expériencesEn 2002, lorsque j’étais au Burkina, j’avais essayé de piler du mil, mais nous étions deux à piler et je n’avais pas pris le rythme, je me suis donc vite écorché les doigts, ce qui m’a poussé à arrêter. A Thiès, sur la concession, j’avais observé les femmes puiser de l’eau dans le puits et voulais faire pareil. La profondeur du puits étant de 30m, il faut un peu de force, je me suis donc pas mal débrouillée pour une débutante. A Dakar, dans l’appartement citadin, j’avais vu les jeunes faire provision d’eau dans un grand tonneau en plastique, ceci pour avoir de l’eau lors des innombrables coupures d’eau. Ce qu’ils arrivent à faire avec l’eau, ils ne l’ont pas encore avec l’électricité. Lorsque la Sénélec coupe, c’est la bougie, parfois une lampe à pile, sinon il n’y a que la lune et les étoiles, pas toujours très fortes comme on sait.

Je voulais donc aussi tenter de porter de l’eau sur ma tête. Une des filles m’a prêté son bout de tissu qui sert à aplanir le sommet du crâne et je les ai priées de me mettre la bassine sur la tête. Comme je n’avais aucune idée du poids de la bassine, je ne voulais pas risquer un lumbago ou une lombalgie auxquels je suis sujette depuis quelques années. J’ai tout de suite senti l’énorme poids sur les muscles de ma nuque et j’ai avancé, un peu chancelante, les quelques 15 m jusqu’à la citerne. Comme je n’avais pas bien observé le déversement, j’en ai mis un peu à côté, car il faut basculer la bassine pour le premier jet et ensuite reculer d’un pas ou deux sinon le reste de l’eau tombe au-delà de la citerne. Pour une première fois, ce n’était pas trop mal, et cela m’a permis de constater que les jeunes filles sahéliennes ont sans doute la musculature de la nuque bien plus forte que les blanches. Et à chaque fois que je faisais quelque chose de typiquement africain, c’était la grosse rigolade amicale des africains qui observaient d’un oeil intéressé comment la toubab s’y prenait.

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Cuisiner ensemble, c’est mieux

03-La cuisine au Sahel, c’est une affaire de communauté, un peu finalement comme les cuisiniers des restaurants ne peuvent en général pas travailler seuls s’ils ont de nombreux plats différents à préparer. Elles sont assises parterre et forment une foule joyeuse qui s’amuse de la toubab qui les regarde faire. Je décide d’y apporter ma contribution et me joins à Marème pour nettoyer les haricots et les couper en petits morceaux. D’autres s’affairent avec d’énormes bassines en aluminium ou en plastique, celui qui se retrouve dans le Vortex du Pacifique, remplies de pommes de 67-Cuisiner ensemble, c'est mieuxterre, d’oignons, d’ail, de poivrons, de carottes, d’aubergines, de courge et d’épices. Pendant tout ce joyeux méli-mélo, des jeunes sont à l’intérieur de l’habitation et tartinent des demi baguettes, car tout le monde n’a pas encore eu son petit déjeuner. La baguette sénégalaise est bien plus légère que la baguette française qui, aux dernières informations, doit peser 240 g. Elle est également beaucoup plus aérée et bien moins consistante. Elle l’était déjà un peu en 1997, mais maintenant les Chinois se sont attaqués au marché de la baguette, et là où le Chinois Orange (de la Spirale Dynamique) attaque, il ne laisse rien derrière lui! La baguette sénégalaise coûte 160 cfa chez le boulanger et 175 cfa chez le boutiquier du coin qui est presque toujours ouvert. Il y a quelques temps, il y eut une dispute nationale au sujet de la baguette qui a détrôné la bouillie de mil dans bien des familles avec l’arrivée du 67-Cuisiner ensemble, c'est mieuxblanc capitaliste en terre solidaire. L’État sénégalais ayant interdit l’augmentation du prix de la baguette, les boulangers sénégalais ne s’y retrouvaient plus, avec la concurrence chinoise qui vendait au même prix tout en ayant des conditions de production bien plus favorables, et décidèrent alors de réduire le poids tout en maintenant le prix, ce qui fait qu’on a parfois l’impression de manger de l’air avec un peu de croute autour qui a aussi l’effet de faire beaucoup plus de miettes que la chinoise, alors le Sénégalais non averti achète la chinoise et entraîne son propre peuple, le boulanger sénégalais dans la ruine, sans même s’en rendre compte. Et c’est ainsi que tout étant lié, on trouve toute une série de personnes qui demandent de les emmener en France alors qu’elles ne savent même pas parler français!

67-Cuisiner ensemble, c'est mieuxPendant que je m’occupais des haricots, un groupe de jeunes s’était constitué dans mon dos et semblait préparer un chant. Mais regardant au sol, je vois une tête de veau et me dis que c’était sans doute un rituel religieux. Un deuxième regard en coin m’indiqua qu’ils étaient en train de mettre la tête en pièces à l’aide de la hache qu’un jeune homme avait tirée de son sac le matin. La bête avait été tuée ailleurs, et ses morceaux furent répartis dans diverses bassines à même le sol. Ce fut la première fois que je voyais l’intérieur d’un bœuf en morceaux. Des bouts de papier Jumbo espagnol venu concurrencer le Maggi allemand en terre africaine, cela rappelle étrangement les 67-Cuisiner ensemble, c'est mieuxAllemands et Français venus se faire la guerre sur le territoire de nos ancêtres, trainent par terre, c’est le signe qu’on en est passé à la cuisson et aux assaisonnements.

Les jeunes hommes de service portent tous des t-shirts gris avec inscription en vert dans le dos: “Je suis jeune, je suis tidjiane et j’en suis fière – Gamou 2011”. Je me moque gentiment d’eux en leur disant qu’ils portent des t-shirts de femme! Mais peu importe, qu’en avaient-ils à faire, c’était jour de Gamou, et ils étaient bien là où ils étaient.

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