Ode à l’Afrique, ma passion

Sorti de ma plume en avril 1996, j’ai écrit cette ode à l’Afrique, inspirée par un poème de David Diop en revenant d’une visite chez un Africain qui m’avait beaucoup marquée.

Un jour, je l’ai envoyée pour amélioration à un vrai poète en ajoutant le commentaire: “Même si cela vous paraît être du kitsch, vous avez peut-être raison, mais sachez que cette lubie ne me pique pas souvent. Que voulez-vous, je suis une femme, cela me donne pratiquement tous les droits…”

ATTENTION au lecteur: si vous n’avez pas de sensibilité, pas de cœur, ne le lisez pas, faites un grand détour, vous ne comprendriez pas.

 

Africa, mon amour

Afrique, mon Afrique,
mais qu’as-tu fait de moi?
Je me sens livrée à toi sans défense
je te quitte et dès l’instant qui suit
mon cœur est lourd comme une grosse pierre que l’on aurait avalée
Je ne sais ce qui m’arrive,
je me languis de toi
La couleur de ta peau,
les odeurs qui t’entourent
le sourire de tes enfants
les paroles, la musique
Cet envoûtement qui m’envahit me rend nerveuse
j’ai envie de fuir, de pleurer
et pourtant je ne voudrais qu’une chose
c’est sombrer dans tes bras
Je voudrais tant faire pour toi, avec toi, ensemble
je voudrais que tout le monde t’aime comme je t’aime,
un amour fou à la mesure de ta taille.
Mon amour est déraisonné, je le sais,
mais qui a-t-il de plus beau que des passions qui ne s’expliquent pas?
Tous les jours presque, une nouvelle idée effleure mes pensées
une idée que je voudrais réaliser avec d’autres,
mais ils ne sont pas là.
Où sont-ils ces autres, ces « aficionados » de l’Afrique ?
Je ne suis, certes, pas seule.
et pourtant je ne les trouve pas.
Où que je me tourne, je ne ressens aucun intérêt,
aucun espoir d’amélioration pour un continent
qui a le pouvoir de nous sauver de notre misérable petite existence
d’industrialisé perdu dans une course contre le temps.
Afrique, mon Afrique.
tu as été foudroyée, massacrée, exploitée,
mais tu es toujours là.
Tu as survécu à toutes les horreurs humaines
et tes enfants sont maintenant en âge de comprendre
que ce qu’ils trouvent ici n’est peut-être pas forcément ce qu’il leur faut.
Donne-leur la force de résister aux tentations du mal
aux dorures de produits qui ne sont que futilités
et accepte-moi comme ton humble fille
qui t’apprend tous les jours et n’aura jamais fini d’apprendre.

Sa réponse fut: “Même si la construction libre de vos vers est très loin de la versification classique, votre poème transmet un message et révèle une grande sensibilité, propre au véritable poète.”

Et si je mets sa réponse, c’est parce qu’elle m’a fait bien rire dans la première partie de son texte et parce que ma sensibilité me pose de grands problèmes justement dans le monde d’aujourd’hui.

Sonia J. Fath
Janvier 2005 (885)

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