Trois jours de fête

06-Nous faisons un détour pour aller souhaiter un joyeux Gamou à l’une de ses amies dans la ville et nous poursuivons notre chemin. Pour l’occasion de mon unique sortie de la concession, j’avais vêtu le boubou malien, bleu clair et brun, que j’avais rapporté pour cette journée. En sortant, j’avais bien sûr fait l’admiration de toutes 70-Trois jours de fêteles Sénégalaises au passage bien que mon boubou soit tout simple, alors que les vêtements des Sénégalaises étaient très travaillés, mais une toubab en boubou, cela reste encore une exception. Il est vrai que ce vêtement est idéal pour les fêtes où l’on ne fait rien et pour les pays chauds afin de pouvoir se faire du vent avec son propre vêtement. En Europe, toute manche un peu large reste trop souvent accrochée aux poignées de porte.

Sortie de la concession pour reprendre la route, je suis Mamadou dans la foule, je pense qu’il voulait me montrer la mosquée. Nous avançons à petits pas et, tout d’un coup, un homme nous arrête. Il me demande en mauvais français où est mon foulard. Je regarde Mamadou qui me répète pour que je le comprenne bien que j’ai besoin d’un foulard pour continuer notre chemin. Nous sommes encore loin de la mosquée, mais le territoire du « sacré » semble s’être étendu à la rue. Comme je n’avais pas de foulard, nous avons rebroussé chemin. Par la suite, j’ai expliqué à Mamadou que si j’avais eu un foulard, je ne l’aurais sans doute pas mis, car j’estime qu’un prophète qui n’observe pas l’égalité entre les femmes et les hommes, qui oblige les croyantes à porter un foulard et pas les croyants, n’est pas un bon prophète. Oh que n’avais-je dit là. Choqué, il me répondit « Ne dis pas cela! » Je le sentais vexé, mais me dis à moi-même qu’une mosquée, ou même une église, aussi belle soit-elle, ne vaut pas que je trahisse mes convictions les plus profondes: l’égalité entre femmes et hommes dans tous les domaines pour un monde en équilibre. Un foulard, oui, si les hommes doivent porter un couvre-chef. En rentrant, nous avons pris les deux bouteilles d’eau à 400 cfa le litre et demi, et je n’ai plus rien dit.

Mardi 15 février, c’est le troisième jour de fête, et la tradition veut que ce soit jour de poisson, le thieboudienne ou plat national sénégalais. Les femmes écaillent le poisson et préparent les épices et légumes, et les jeunes hommes sont préposés au pelage et découpage des oignons. Je suis loin du feu, mais parfois les cendres volent et me piquent les yeux.

Le matin, au petit-déjeuner, nous avions du lakh, une bouillie faite à partir de mil qui avait été moulu au moulin puis transporté dans deux grosses bassines en aluminium sur le toit d’un des bus. On le fait cuire pendant assez longtemps dans le chaudron. Une fois posé dans l’assiette à soupe, on verse par dessus le lait caillé fabriqué à base de lait en poudre, de lait concentré Gloria, de sucre et d’essence de fleurs d’oranger. C’est absolument délicieux.

Pendant toute la nuit, les incantations et chants religieux n’ont pas cessé, j’avais l’impression que le bruit venait d’un haut-parleur dans la pièce, mais en fait, cela venait du dehors. Je me demande comment j’ai réussi à dormir jusqu’au petit matin à 5h, je devais être totalement fatiguée. Le chant du coq à 7h m’a finalement décidé à me lever car je ne tenais plus en place. Pour m’occuper, j’ai commencé à balayer un peu certaines surfaces de sable et de faire des petits tas, mais je n’avais pas de pelle et je ne voulais les ramasser à la main. Mais finalement, je n’ai pratiquement rien fait de ma matinée. J’ai emprunté l’appareil d’Oumou pour prendre quelques photos de la rue et des exceptions sénégalaises. Heureusement qu’elle en avait un, car le mien fait des siennes et ne fonctionne plus, mais ce sont peut-être aussi les piles. C’est un grand problème au Sahel, les piles, elles traînent partout et sont beaucoup utilisées. Mais dans les petites boutiques, elles peuvent rester des années dans un coin, et c’est ainsi que lors de la Journée International des Femmes le 8 mars 2010 au Burkina, j’ai acheté deux piles qui ont fait juste une photo! Le jeune homme qui est parti en chercher peu avant le démarrage des festivités voulait me faire plaisir et n’était sans doute pas au courant de ces contraintes.

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